La part des ombres


La part des ombres (couverture)Comme un éclair,  elle était entrée un jour dans sa vie, mais ce matin-là, alors qu’un orage approchait sournoisement de la ville, le vieil homme s’éveilla en sursaut suite à un violent coup de tonnerre et se trouva bien seul. Son grand lit était à moitié défait et l’oreiller où il avait tant porté les yeux au cours de sa vie était désormais vide et bien enseveli sous le drap qui la recouvrait comme on l’avait fait avec elle à la morgue avec son cadavre fraîchement recueilli. 

Complètement bouleversé, il se mit à actionner le bouton de la lumière de chevet qu’il n’éteignait pourtant plus, mais toute la chambre resta plongée dans le noir. La tempête frappait fort. Toute la ville se trouvait sans électricité et ne semblait exister que sous le projecteur des éclairs qui irradiaient le ciel. Le vieil homme fut donc confronté à ce qu’il n’était toujours pas en mesure de fuir à travers les ténèbres de la nuit. Pour essayer de se calmer, il se mit à observer son ombre zébrée qui se dessinait sporadiquement sur le mur opposé à son lit. Il prit alors son appareil photo numérique et se mit à prendre une série de clichés du mur qui s’illuminait sous la lueur de la foudre. Le vieil homme se calma peu à peu comme si le fait de regarder à travers l’objectif de sa caméra lui permettait de s’évader de lui-même et surtout, de la réalité à la quelle il était désormais confronté. Mais tout au fond de lui, il espérait sans doute qu’un jour, une de ces photos allait enfin lui révéler la preuve qu’elle existait toujours…  et pas seulement en lui…