La valse aux disparus


La valse aux disparus (couverture)Seule la musique d’un quatuor à cordes parvenait à distiller l’immense lourdeur qu’on sentait prête à éclater. Un peu partout, des gens se serraient les uns contre les autres pour essayer de contenir leur tristesse qui quelques fois, s’évadait d’eux dans une sorte de plainte lancinante. Une femme, tout de noir vêtue, se tenait debout, cherchant en elle la force nécessaire pour conserver intacte cette rigidité qui ne l’avait pas quitté depuis quelques jours. Le prêtre offrait maintenant un dernier tour de magie au cercueil installé devant lui à l’aide de son goupillon. C’est sur un air de Chopin que lentement s’est mis en branle le cortège funèbre.

Le soleil qui brillait par cette magnifique journée d’été semblait tout faire pour adoucir un peu la douleur de ces gens qui marchaient silencieusement vers le dernier lieu de repos du disparu. Loïc aurait aimé cette journée sans nuage, aimé ce ciel étincelant de cette même couleur où quelques jours plus tôt, il avait perçu une invitation à s’y envoler…

 C’est au moment où la tombe fut déposée au fond du caniveau pendant que tous chantaient la pièce  « Amazing grace » que le mur blindé de la femme s’écroula. Un cri déchirant comme celui d’un chat dans la nuit transperça l’espace alors qu’elle venait de s’effondrer en pleurs.

 Plus tard, on l’avait installée sur son lit après que le médecin lui eut administré des calmants. Elle avait toujours les yeux fixes, figés sur le néant d’une douleur incommensurable.




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